Droits de l'Homme et le colloque de Lyon

Avant de vous raconter brièvement le colloque de Lyon (qui s'est passé le 11 décembre), j'ai volontairement modifié la date de publication de mon message au 10 décembre pour souligner deux choses importantes sur lesquelles je n'avais pas eu le temps d'écrire.

  1. Le 10 décembre, c'est la journée internationale des Droits de l'Homme. Pour mémoire, cette date correspond à la volonté de l'Assemblée générale des Nations Unies en 1950 de célébrer chaque 10 décembre l'anniversaire de l'adoption en 1948 de la Déclaration universelle des droits de l'Homme par l'Assemblée générale de l'ONU [résolution 423 (V)]. Cette année, il a été mis l'accent sur la lutte contre la pauvreté. Louise Arbour, Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'Homme, a déclaré : La pauvreté reste l’un des plus graves obstacles à la réalisation des droits de l’homme dans le monde. Je vous invite à consulter le site officiel de la Journée des Droits de l'Homme 2006 pour plus d'informations.
  2. Mais ce même 10 décembre 2006, nous apprenions également la mort du dictateur chilien, Augusto Pinochet. Ironie de l'Histoire, c'est le 10 décembre, date de la journée mondiale des Droits de l'Homme que Pinochet est mort. Si nous ne pouvons que nous réjouir de sa mort, le fait qu'il se soit éteint avant même d'avoir répondu de ses actes devant un tribunal donne à sa disparition un goût amer. Voici un extrait d'un article de Christine Legrand paru dans le journal Le Monde daté du 12 décembre 2006 :

Homme fort du Chili de 1973 à 1990, le général n’aura jamais été jugé pour ses crimes. Après avoir été pendant un quart de siècle l'homme fort du pays, Augusto Pinochet est mort, déchu et solitaire, dimanche 10 décembre, à Santiago du Chili. Il était âgé de 91 ans. L'un des dictateurs les plus sanguinaires du XXe siècle (1973-1990) était poursuivi par la justice de son pays pour des violations des droits de l'homme, qui ont fait 3 000 morts et disparus, mais aussi pour évasion fiscale, enrichissement illicite, malversation de fonds publics et falsification de documents.

Après ces considérations qui ont quelque peu animé le colloque "Archives, Justice et Droits de l'Homme", revenons à Lyon. Nico devait pour son travail au sein de l'Association des Archivistes Français co-organiser ce fameux colloque à lyon. Or, il a finalement hérité de toute l'organisation en toute dernière minute, ce qui lui a donné des sueurs froides pendant quelques jours. Mais finalement tout s'est très bien passé. Je l'ai accompagné, puisque le sujet m'intéresse de près, que l'entrée était libre et que les frais d'hôtel étaient pris en charge par le boulot de Nico. Bien que le thème soit "Archives, Justice et droits de l'Homme", il devait y avoir au moins trois quarts de juristes (avocats pour la plupart venant valider un stage de formation par leur présence, donc pas spécialement attentifs...) pour seulement un quart d'archivistes. Et si les clichés ont la vie dure, certains ont toutefois été confirmés. L'arrogance des juristes versus l'effacement des archivistes par exemple. Evidemment, qui dit généralité, dit qu'il y a des exceptions, mais dans l'ensemble, c'était plutôt vrai. Quand au sujet abordé, il m'a permis de mieux connaître le monde des Archives (c'est un grand mot, je sais), ou en tous cas de découvrir certaines thématiques propres aux archives, notamment dans la lutte pour une reconnaissance des crimes contre l"humanité. Voici en vrac quelques unes de mes impressions.

Une remarque très intéressante faite par un représentant d'une association des droits de l'Homme du Maroc, Abdelhay EL MOUEDEN, m'a particulièrement touchée : les seuls régimes qui ont une culture et une grande technique des archives sont les régimes démocratiques et les régimes totalitaires. Ainsi donc, il y aurait un rapprochement entre ces deux régimes, que tout semble pourtant opposer ? Après cette remarque pertinente, je me suis dit que finalement, ce n'était pas si absurde puisque les régimes démocratiques et totalitaires ont en commun de se baser sur une idéologie très forte, contrairement aux régimes vaguement autoritaires (comme le Maroc) qui n'ont pour idéologie que le maintien du régime au pouvoir... Cette réflexion serait intéressante à traiter dans le cadre de la Chine, régime atypique pour le moins ! Malheureusement, personne ne s'est penché sur le sujet.

Autre moment fort de ce colloque, de mon point de vue en tous cas, le témoignage d'une dame paraguayenne, Gabrielaparaguay SOLIS AZUAGA, sur le régime du Général Alfredo Stroessner qui est mort dans l'indifférence générale le 16 août 2006. En effet, qui a jamais entendu parler de la dictature du Paraguay et de la pratique courante des "empaquetés", technique consistant à enterrer vivant les opposants au régime ? Je ne fais pas la fière, car j'étais jusqu'alors moi aussi complètement ignorante du régime stroniste qui dura près de 35 ans, de 1954 à 1989. Ne connaissant pas de mot pouvant qualifier de façon adéquate le régime stroniste, Gabriela SOLIS AZUAGA a parlé de régime staliniste d'extrême droite... Alors, si la mort de Pinochet sans jugement est regrettable, le témoignage de cette Paraguayenne rappelle que l'Histoire et les archives ont un rôle fondamental : car bien qu'il n'ait pas été condamné, il y a eu un tribunal de l'Histoire : tout le monde associe Pinochet à la torture, ce qui n'est pas le cas du général Stroessner... Pour contribuer un tout petit peu à réparer cette injustice, je vous transmet ci-dessous l'extrait d'un article de Catherine Derivery paru le 18 août 2006 dans le journal Le Monde :

Dictateur du Paraguay de 1954 à 1989. L'ancien dictateur paraguayen Alfredo Stroessner est mort, mercredi 16 août 2006, dans un hôpital de Brasilia, capitale du Brésil où il vivait en exil depuis son renversement en 1989 à la faveur d'un coup d'Etat militaire. Il était âgé de 93 ans. Arrivé au pouvoir au Paraguay en 1954 par un coup d'Etat, le général Alfredo Stroessner en a été chassé trente-cinq ans après par un autre coup d'Etat, qui l'aura empêché de devenir, à 76 ans, le plus ancien dictateur de la planète.

Bien sûr, beaucoup de choses ont été dites, mais je n'ai pas vraiment le courage de faire un résumé exhaustif. Reste une notion que j'ai apprise et qui peut être utile à tout le monde : la notion d'Habeas Data, c'est-à-dire le droit de connaître tous les documents qui existent et nous concernent et qui a été brillamment exposée par Louis Joinet. A l'heure de la multiplication des fichiers, virtuels notamment, ce droit est particulièrement important à connaître je pense pour défendre nos libertés...

Enfin, l'importance des archives réside dans son rôle de témoignage, car comme il a été dit à plusieurs reprises, les archives ne sont pas la vérité, il faut être capable de les critiquer et de prendre de la distance, ce qui renvoie au rôle fondamental de l'interprétation des archives par les chercheurs ou autres professionnels y ayant recours.

Voilà donc pour ce petit message consacré aux droits de l'Homme. J'espère que vous aurez comme moi envie de vous pencher davantage sur ce vaste sujet...

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