Pendaison de Saddam Hussein

Je me suis déjà réjouie sur ce blog de la mort du dictateur turkmène, Niazov, mais même si je ne pleurerai pas la mort de Saddam Hussein - pendu samedi 30 décembre à Bagdad pour l'exécution de 148 villageois -, sa mort par décision de justice me laisse un goût amer... Quelle que soit l'abomination des faits commis, la peine de mort ne peut être considérée comme une solution. Le désir de vengence est humain, mais la Justice ne doit pas connaître le goût du sang, au risque de la voir se transformer en parodie de Justice conduite par la haine.

D'autant que la pendaison de Saddam Hussein met fin à la poursuite du processus judiciaire. Voici un extrait d'une dépêche AFP/Reuters parue dans Le Monde le 31 décembre à 8h06 :

Saddam Hussein, 69 ans, qui a dirigé le pays d'une main de fer de 1979 jusqu'à la chute du régime en avril 2003, a été condamné à mort le 5 novembre pour le massacre de 148 villageois chiites de Doujaïl. Son appel a été rejeté le 26 décembre. Sa mort met fin à toutes les poursuites qui avaient été engagées contre lui, en particulier le procès Anfal, où il devait être jugé pour génocide contre la population kurde.

Après Pinochet, Saddam Husein sera donc mort avant d'avoir été vraiment jugé. Je parlais de Tribunal de l'Histoire pour Pinochet, Saddam Husein aura eu droit, lui, à une parodie de procès... Ca fait toujours un dictateur de moins sur la planète me direz-vous, mais les conditions de sa disparition ne permettent pas à la Justice d'en sortir grandie...

Et que penser de la date choisie pour son exécution ? Le samedi 30 décembre était en effet le jour d'une des fêtes religieuses musulmanes les plus importantes, l'Aïd al-Adha, marquant chaque année la fin du pèlerinage à La Mecque. Ceux qui me connaissent savent que je suis athée, et une laïque convaincue, mais si la Justice ne doit pas tenir compte de la religion pour s'appliquer, il y a quand même une question de bon sens diplomatique à avoir dans certains cas ! Dans la mesure où Saddam Hussein avait été condamné, je ne vois pas ce que cela aurait changé de repousser la date de son exécution. On aurait voulu provoquer un clash qu'on ne s'y serait pas pris autrement ! La même dépêche citée plus haut rappelle que cette journée de samedi a été "particulièrement meurtrière" :

Une série d'attentats a fait 77 morts à Bagdad et à Koufa, localité chiite au sud de la capitale. Les autorités n'ont cependant pas été en mesure immédiatement de déterminer s'il s'agissait de représailles sunnites après l'exécution. L'armée américaine a annoncé de son côté la mort de six soldats, portant à 107 le nombre de militaires américains morts en Irak au mois de décembre, le plus meurtrier pour l'armée américaine depuis novembre 2004.

Mais cet engrenage de la violence et de la haine, loin d'être apaisé par l'exécution de Saddam Hussein, a été amplifié par une surmédiatisation de son exécution, dont certaines images ont même été relayées par les chaînes françaises de télévision. Mon écoeurement face à ce goût malsain des media (et du public !) pour ce spectacle morbide est à son comble. Si l'Homme est ainsi fait, que penser de la responsabilité des media dans cette affaire ? La liberté de la presse est une chose primordiale, mais cette liberté ne peut être exercée sans un principe de responsabilité, chose qui semble malheureusement être ignorée...

Triste jour pour les droits de l'Homme...

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