Conférence sur la RSE en Chine

Hier, le jeudi 4 janvier, avait lieu au siège de la CFDT, une conférence sur la responsabilité sociale des entreprises en Chine. Travaillant moi-même dans le cadre de mon mémoire sur les implications politiques du développement durable en Chine, cette thématique ne pouvait que m'intéresser, et Clem m'ayant gentiment transmis l'information et l'invitation, nous y sommes allées ensemble. Pourtant, bien qu'il ait été dit des choses intéressantes, je ne peux cacher ma déception. Je pensais que cette conférence serait l'occasion d'un débat pointu sur le sujet, mais au lieu de ça, on n'a guère franchi le cap des généralités... Le pire, c'était de voir l'incompétence de certains intervenants censés apporter leur expérience professionnelle en Chine, alors qu'ils ne connaissaient visiblement de la Chine que les clichés culturalistes qu'on entend souvent (comme par exemple, "la Chine a une conception différente du social et des droits de l'Homme de par sa culture" (sic) ! Vous voyez ce que je veux dire ?...). Bon, je fais surtout référence à un avocat, Emmanuel Méril, intervenant lors de la première partie, qui a heureusement été repris par un autre intervenant, Jean-François Huchet, mais surtout par Jean-Philippe Béja qui assistait à la conférence dans le public.

Quant à la deuxième partie, animée par d'autres intervenants, la contradiction a surtout été portée par un représentant de la Fédération Internationale des Travailleurs du Textile, de l’Habillement et du Cuir (FITTHC), Neil Kearney,

Dommage qu'il n'y ait pas eu davantage de place au débat, ce qui aurait certainement permis de pousser plus loin la réflexion.

Point positif toutefois, l'intervention de CAI Chongguo qui m'a permis d'entrevoir un soupçon de réponse à une interrogation qui me taraude depuis longtemps : comment se fait-il que des Chinois expatriés (ou exilés selon les cas), intelligents, ayant souffert de la dictature politique et s'intéressant de près à l'évolution politique chinoise depuis leur pays refuge, soient si optimistes quant au devenir politique de la Chine ? Mon analyse est beaucoup moins optimiste, vous l'aurez compris, même si je reconnais volontiers les changements sur le terrain et la création d'un certain espace de liberté, grâce au Net notamment. Mais je reste persuadée que sur le fond, si le régime politique chinois évolue, ce n'est certainement pas vers une démocratie ! Tout le problème étant de trouver une qualification adéquate à cet OVNI politique chinois... Pour en revenir à ma question : "comment des Chinois au fait des exactions commises en Chine peuvent-ils être si optimistes ?", c'est l'intervention orale (parce qu'à l'écrit je n'aurais rien remarqué) de CAI Chongguo qui m'a mise sur une piste. Ayant été obligé de quitter son pays en 1989 après avoir vécu une chute d'autant plus rude que ses espoirs étaient grands, la répression sanglante des manifestations a mis au jour les limites de la libéralisation initiée par Deng ("enrichissez-vous", certes, mais ce slogan aurait dû être complété par "mais ne vous occupez surtout pas de politique !"...). Or, après un tel choc, ces militants chinois exilés redécouvrent leur pays à travers l'ensemble des nouveaux moyens de communication, et notamment Internet. Et c'est à l'enthousiasme de CAI Chongguo que j'ai réalisé à quel point le changement dans la liberté (limitée et souvent illusoire, mais belle et bien réelle) permise par l'expression sur la Toile est perçue à travers le prisme de ce qu'il a vécu en 1989. En effet, quand on fait la comparaison, il ne fait aucun doute qu'un espace d'expression extrêmement vivace est né avec la génération Internet. Et c'est probablement la comparaison entre ce qu'il a vécu et ce qu'il perçoit aujourd'hui à travers Internet qui donne l'impression à CAI Chongguo et à beaucoup d'autres dissidents chinois exilés (car je doute que les dissidents en prison actuellement en Chine soient aussi optimistes...) que la Chine avance vers une certaine libéralisation politique. Et de prendre pour exemple la volonté affichée de HU Jintao de rééquilibrer la croissance chinoise en mettant l'accent sur le social (avec les slogans d'harmonie sociale et de développement pacifique). Comme si l'éviction de Jiang Zemin était un remède aux maux dictatoriaux de la Chine ! Vous aurez compris mon scepticisme... Mais en tous cas, l'intervention de CAI Chongguo m'aura probablement été la plus utile pour continuer à creuser cette question de l'approche optimiste de l'évolution du régime chinois...

Pour finir, je vous renvoie à deux documents de Reporters Sans Frontières :

  • Le rapport annuel 2006 concernant la Chine ;
  • Un document plus précisément centré sur la censure sur Internet et qui rappelle notamment :

    "Avec 61 internautes incarcérés au 1er mai 2004, la Chine est la plus grande prison du monde pour les cyberdissidents. C’est également le pays où les technologies d’interception des communications électroniques et de censure du Réseau sont les plus développées."

A méditer...

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