La crise des banlieues : 2e volet

On se souvient de ce qu'on a désormais coutume d'appeler "la crise des banlieues", nom donné à la suite de la série d'émeutes qui eurent lieu après les propos de Sarko, alors ministre de l'intérieur, sur le nettoyage des cités au Kärcher. C'était en 2005.

Depuis hier, des tensions allant jusqu'à l'émeute enflamment Villiers-le-Bel et se propagent doucement dans le Val d'Oise, touchant à en croire France Info ce matin, 5 autres villes du Val d'Oise, dont Ermont... Difficile pour l'instant de savoir à quel degré ces différentes villes ont été touchées par ce mouvement de violence. Car c'est bien de violence dont il s'agit. Les images d'hier soir sont impressionnantes à cet égard : on se croirait en guerre à en croire la TV !

Après le Kärcher, quel a été le détonateur cette fois-ci ? Un triste accident de la route entre deux jeunes en mini-moto, sans casque, roulant vraisemblablement trop vite et grillant une priorité d'une part, et une voiture de police d'autre part. Les deux jeunes sont morts. La rumeur dit que les policiers ont refusé de leur porter secours, s'enfuyant de peur de représailles. Pourtant les premiers témoiganges affirment le contraire. Quoi qu'il en soit, et quelle que soit la réalité de cette rumeur, cette "crise des banlieues", vite oubliée depuis 2005, resurgit violemment pour exprimer un malaise beaucoup plus profond...

Et je crains que cela n'aille en empirant, à la moindre étincelle, justifiée ou non, les banlieues tant décriées risquent de s'enflammer. Car c'est avant tout un problème politique. D'humiliations en mépris, les grandes oubliées des politiques locales et nationales contiennent une colère sourde qui s'exprime violemment quand l'occasion se présente...

Un exemple à Ermont, qui peut paraître insignifiant mais qui en dit long sur l'approche qu'a le maire actuel sur ses quartiers : les lumières de Noël. Ermont est loin d'être la grande banlieue décriée par les medias. Divisé en petits quartiers, certains pavillonnaires, d'autres plus populaires, Ermont bénéficie même d'un centre-ville assez mixte socialement. Pourtant... Lors de l'illumination de la ville à Noël dernier, grand oublié de la municipalité : le quartier, justement populaire, des Passerelles. Cela ne suffit certes pas à justifier des émeutes. Mais accumulé à toute une série "d'oublis", de mépris et d'humiliations, il ne faut pas s'étonner d'un ras-le-bol généralisé.

Et les rapports avec la police ne sont pas dans ces évènements un détails déclencheur, mais bel et bien une des raisons profondes qui conduisent ses habitants à penser que la République se détourne d'eux et pire, les méprise. La police n'est-elle pas un des symboles forts de la République ? Et même si on ne peut condamner la police dans son ensemble, on sait pertinemment que les "bavures" sont fréquentes, que certains individus sont plus fréquemment arrêtés que d'autres, que le contrôle d'identité n'est pas appliqué à tout le monde sans distinction...

Autre exemple ermontois, en bas de chez moi, j'ai vu à plusieurs reprises depuis mon balcon des policiers aller voir des jeunes. Leur demandaient-ils leurs papiers ? Je ne peux pas l'affirmer. Toujours est-il qu'on ne m'a jamais rien demandé à moi. Il m'arrive pourtant de rentrer tard, dans ce même quartier près de la gare, mais je n'ai jamais eu de contrôle d'identité ni autre interpellation...

Enfin, je vous laisse méditer un sondage intéressant du CSA qui avait été fait après les émeutes de 2005 et recensant les raisons probables de cette fameuse "crise des banlieues" : http://www.csa-fr.com/dataset/data2005/opi20051108b.htm. Les deux raisons majeures invoquées et de loin sont le délitement de l'autorité des parents d'une part, et le chômage, la précarité et l'absence de perspective d'avenir d'autre part...

Quelle catastrophe le gouvernement attend-il pour réagir ?...

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