Tambouille socialiste : petite leçon de cuisine interne...

Les premiers résultats du vote sur les motions ont été communiqués sur le site Internet du PS comme suit :

Le résultat précis du vote des militants sur les motions sera validé au congrès de Reims. Dans l'attente des chiffres définitifs, Stéphane Le Foll, directeur de cabinet de François Hollande, a annoncé dans la nuit de jeudi à vendredi les premiers résultats. « La motion E portée par Gérard Collomb et Ségolène Royal obtient autour de 29% des suffrages. Les motions A et D soutenues respectivement par Bertrand Delanoë et Martine Aubry rassemblent toutes deux autour de 25 %. La motion C soutenue par Benoît Hamon a recueilli autour de 19 %. Les motions B et F du Pôle écologique et d'Utopia obtiennent autour de 1,5 % à 2 % chacune. » À noter une participation au scrutin d'un peu plus de 55 % avec 128.978 votants.

Ce qui signifie que la motion soutenue par Ségolène Royal arrive en tête. Mais au fait, savez-vous ce qu'est une motion ?

Retour sur le processus de congrès au parti socialiste.

Vous êtes jeune militant, vous avez pris votre carte au PS lors de la présidentielle, et vous allez vivre votre premier congrès. Eh bien : bon courage ! Car toutes les subtilités du processus, qui se veut démocratique, en laisse plus d'un perplexe.

Première étape : les contributions.
Été 2008, vous recevez dans votre boîte aux lettres un épais document de 258 pages à la couverture rose, estampillé "congrès de Reims". Ce sont les contributions générales. Alors là, jeune militant enthousiaste, vous vous dites : "ça y est, je vais profiter de mes vacances pour lire toutes les contributions et me faire une opinion sur la ligne que doit prendre le PS pour battre la droite et construire un monde plus juste."

Première erreur ! Car non, il ne s'agit pas des motions, mais uniquement des contributions. A ce stade rien n'est encore joué ! Et heureusement. Car c'est avec stupéfaction que vous découvrez 21 contributions générales ! A quoi s'ajoutent les contributions thématiques, qui évoquent des prises de positions sur des sujets particuliers (par exemple, la question des drogues).

Objectif de ces contributions générales : donner à chaque grand ténor du parti (bien qu'en réalité tout militant puisse en théorie déposer une contribution) la possibilité d'exprimer son point de vue et ses idées. C'est ainsi que François Hollande, Pierre Moscovici, Ségolène Royal (en personne), Marc Dolez et d'autres ont déposé une contribution, mais n'ont pas forcément déposé de motion.

Cette étape permet à ces personnalités d'exister - c'était particulièrement visible à mon sens pour la contribution de François Hollande que j'ai trouvé particulièrement creuse, mais qui ne pouvait pas se permettre, en tant que Premier secrétaire sortant, de ne pas participer à l'exercice.

Bon, et alors, quel intérêt pour les militants ? me demanderez-vous. Eh bien, en ce qui me concerne, l'intérêt c'est de voir les orientations que peuvent prendre en toute liberté certains grands leaders avant l'étape suivante des négociations. Et déjà à cette étape, j'ai été enthousiasmée par la contribution de Martine Aubry, enthousiasme que je n'avais pas vécu depuis longtemps dans un congrès du PS. Ma crainte à ce stade était : Martine va-t-elle finalement déposer une motion ? Car ce ne serait pas la première fois qu'elle ne franchit pas le pas.

Deuxième étape : les motions.

21 contributions générales : vous vous doutez bien qu'il ne peut pas y avoir 21 orientations politiques différentes pour un même parti. Beaucoup de redites donc et vient alors le temps des négociations et des alliances. Le problème de ce petit jeu, c'est que les orientations qui nous plaisaient dans les contributions sont parfois diluées dans les motions. Car en matière de négociations, l'intérêt politique n'est pas la seul facteur à prendre en compte. Les ambitions personnelles commencent à poindre.

Ainsi, j'ai plusieurs amis qui étaient très en phase avec la contribution de Moscovici. Or, finalement, il n'a pas déposé de motion et le camp des strauss-khaniens s'est retrouvé éparpillé entre la motion A, déposée par Delanoë et ralliée par Moscovici, et la motion D, soutenue par Dominique Strauss-Khan. Les militants, quant à eux, se sont encore plus éparpillés, sur toutes les motions.

De cette première phase de négociations en sont donc sorties 6 motions :

  • A : Delanoë-Hollande-Moscovici
  • B : le pôle écologique, l'aile verte du parti, sans grand leader à sa tête.
  • C : l'aile gauche avec Hamon-Emmanuelli
  • D : les recontructeurs avec Aubry à sa tête, mais aussi Strauss-Khan et Fabius
  • E : les amis de Ségolène Royal, avec en leader de motion Gérard Collomb - contrairement à la contribution, Ségolène Royal n'a pas voulu présenter la motion, mettant selon ses dires "ses ambitions personnelles au frigidaire" (ce n'est pas mon interprétation, mais c'est une autre histoire...)
  • F : utopia, que j'aurais du mal à définir...

Le vote de jeudi dernier consistait à choisir entre les 6 motions proposées. Mais il était évident qu'aucune de ces motions ne pouvait recueillir la majorité à elle seule. Par ailleurs, quel que soit le résultat obtenu, le PS, pour pouvoir exister et représenter une force de propositions, devra se rassembler à l'issue du congrès. C'est ce qui nous conduit à la troisième phase.

Troisième étape : le congrès de Reims ou la recherche de la synthèse.

Maintenant que nous avons les résultats du vote des militants sur les motions, les tractations s'accélèrent et les notes de téléphone de nos leaders doivent exploser depuis jeudi dernier. Car il va maintenant falloir dégager une majorité. La logique serait que cette majorité soit issue d'un rapprochement des motions avec des lignes politiques proches, mais ce n'est pas aussi simple. Et il serait également logique que la synthèse se fasse autour de la motion arrivée en tête, mais quand cette motion est celle de Ségolène Royal, il n'est pas sûr que ça se fasse. La raison ? Pour réussir à rassembler, il faut être suffisamment consensuel, et je doute que Ségolène Royal y parvienne. Et elle aussi semble-t-il, puisqu'elle met en avant d'autres qu'elle pour soutenir sa motion.

Quatrième étape : le choix des leaders.

Cette étape vient en dehors de la logique pure des motions pour passer d'un système proche du parlementairisme (on choisit une ligne politique) à un système proche du présidentialisme (on choisit une personnalité). Et ce sont les militants, dans le secret de l'urne, qui choisiront le nom du responsable national, départemental et local du PS.

Je crois donc que les jeux sont encore ouverts.

Verdict des urnes : le 20 novembre.

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